Regardant par la fenêtre, Antoine se demande si l’océan est aussi bleu que le ciel au dessus de ces montagnes ? Et l’écume ressemble-t-elle au blanc de ses neiges éternelles ? Les bateaux voguent-ils au-delà des mers pour tomber dans de nouveaux territoires ? Que de questions pour un petit garçon de 10 ans coincés dans les vertes vallées de ses Vosges natales. Il regarde les posters accrochés aux murs de sa chambre. Il rêve de s’y plonger un jour et d’aller découvrir les fonds sous-marins à la recherche de trésors engloutis. Il se voit pirate au grand cœur, allant sauver la belle indigène des griffes du félon capitaine du roi. Il part à l’abordage d’une caravelle espagnole, prenant tous les lingots d’or au fond de la calle. Il pointe son sabre et fait tomber dans les vagues tumultueuses les mutins qui ont voulus lui prendre son navire. Il est le seul maître à bord, après Dieu bien sûre.
- Antoine, c’est l’heure de te coucher. Vas te brosser les dents, je monte te dire bonsoir.
La voix de son grand-père retentit dans le chalet. L’escalier craque sous les pas du patriarche. La porte grince et l’hommeà la barbe blanche entre et lui sourit. Antoine, le dentifrice autour de la bouche, lui rends son sourire.
- Allez mon garçon, il est grand temps que tu éteignes la lumière. Demain, c’est ton dernier jour de classe avant les vacances. Après, tu auras tout le temps de rêvasser.
- Oui Papet, je me dépêche.
Le garçonnet finit sa toilette, aussi rapide qu’une lame de fond soulevant un navire. Il s’installe dans son lit. Son grand-père se penche et lui dépose, tendrement, une bise sur son front. Il remonte les draps et le borde. L’enfant se blottit sous ses couvertures ; ferme les yeux ; et se prépare à partir vers de nouvelles aventures.
- Bonne nuit Papet !
- Bonne nuit, mon petit !
Doucement, le grand-père sort de la chambre, referme la porte et redescend dans son salon.
Comme tous les soirs, après que son petit se soit coucher, il reprend l’album photo et fait jaillir en lui les souvenirs d’un passé douloureux. Il revoit les photos de sa petite Manon, de la naissance à son mariage. Qu’elle était belle en robe de mariée. EtVivien n’était pas mal non plus. C’était un bien beau mariage. On peut encore voire dans les yeux du jeune couple tout l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre. Et puis, la naissance tant espérer d’Antoine. Si longtemps attendu ! L’arrivé d’un petit ange brun aux yeux verts. Un poupon tout dodu, tout rond, que l’on ne pouvait pas s’empêcher de câliner ; les premiers pas ; les premiers mots ; le premier sourire ; la première rentrée des classes ; le premier chagrin d’amour. Et toute une vie qu’ils avaient réussi, tant bien que mal, à construire autour de se petit être si fragile.
Malgré le pessimisme des médecins, Antoine grandissait bien. Sa santé n’était pas très florissante, mais il les surprenait un peu plus chaque jour par sa force de caractère et sa volonté d’arrivé au bout. Manon et Vivien étaient fiers de leur petit prodige, qui faisait fasse à la maladie comme un brave petit soldat. Et puis ce fut la délivrance, les médecins avaient déclaré Antoine définitivement guéri. Il pourrait vivre comme tous les autres enfants de son âge. Ils firent une grande fête avec tous leurs amis. Les années ont passés, tranquillement, simplement. Antoine continuait à se fortifier. Manon et Vivien avaient l’esprit plus libre. Ils envisageaient même de faire un petit frère ou une petite sœur. Toutétait bien dans le meilleur des mondes.
Et ce fut LE SOIR ! Il était 21h30, Antoine dormait, le grand-père lisait. Le téléphone fit retentir une sonnerie sinistre. Le grand-père se leva brusquement pour décrocher. Au bout du fils, un gendarme ! La question qui fait si mal ! Les explications un peu confuses ! Appeler un voisin pour garder l’enfant ! Le départ précipité pour l’hôpital ! L’attente infernale pour s’entendre dire les mots funestes ! Tout était fini ! Manon et Vivien venait de les quitter pour toujours par la faute d’un chauffard ivre. A cause de cet homme, Antoine était orphelin. La vie n’était pas juste. Ils n’avaient pas le droit de lui retirer ses parents ! Et puis, ce fut le retour au chalet ! L’annonce à faire au petit ! Les funérailles ! Le chagrin qui semblait ne jamais vouloir les quitter ! Et enfin, l’habitude de vivre à deux ! La peine qui s’estompe un peu ! Les sourires qui reviennent doucement ! Et les millions de larmes que l’on cache.
Commentaire de Angélique (16/09/2008 17:07) :
Enfin un peu de temps devant moi tranquille pour venir te lire. Je croyais
que les 2 histoires se suivaient alors un peu paumee la fille lol.
J'aime toujours autant tes histoires meme si elles ne sont pas tres
gaies elles me touchent c'est des sujets tres forts.